Scum Performance

08/02/2010

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CATHERINE CORRINGER est vidéaste et performeuse.  (http://www.catcor.net/)

« représenter du sexe dans des lieux publics, dans des atmosphères enfumées de la nuit fait régner une certaine ambiance où on a l’impression que tout est possible. Bref, tout ce que je ne retrouvais pas au théâtre : le risque, le sexe, le « vrai », le rapport intense et presque dangereux avec le public, était là, dans un petit espace, sur la scène d’une boite de nuit. » Catherine Corringer

Ruwen Ogien dit d’elle: « Dans Scum/Performance, Catherine Corringer passe du film au « live art », en brouillant finalement toute différence entre les deux. Son corps lui-même, et son ombre projetée sur une surface sombre, servent à la fois de matériau, de scène et d’écran, dans une cérémonie secrète réservée à quelques initiés, dont elle est la magnifique prêtresse.

Avec la même lenteur liturgique, la même gravité solennelle, la même rigueur dans les gestes que si elle se couvrait de vêtements de messe, elle serre des cordages sexuels sur son visage et ses jambes, assure des aiguilles douloureuses sur son ventre et ses seins, installe des poupées d’enfant effrayantes, assez lourdes pour déchirer sa peau. Puis, comme un chaman, elle rentre dans une transe qui la fait voyager loin de nous, et revenir après avoir vaincu on ne sait quel monstre, dans un combat dont elle porte les stigmates. Elle retire tout ensuite, non pour revenir à une nudité simple et humaine, mais pour dévoiler qu’elle est une mutante comme nous le sommes tous devenus.

Cette performance physique et mentale qui nous laisse muets, sidérés, est une sorte de culte rendu à un texte culte, mais où rien n’est sacré.

Ce texte, c’est le Scum Manifesto de Valérie Solanas. Écrit en 1967 dans la rage, il est dit, en voix off, par Catherine d’une voix de Jedi, inhumaine ou post humaine, dans un débit rapide, mécanique, haché de rires fous, qui nous change, heureusement, des lectures pompeuses traditionnelles (il y en a eu pas mal).

Valérie Solanas annonce la fin de l’homme, du mâle d’abord, bien sûr, genre particulièrement grotesque et auto-destructeur, et de la femme, ensuite, dont l’existence est aussi inutile et injustifiée.

Son manifeste est une manifestation d’impatience devant la lenteur du processus. Il est donc naturellement accompagné d’un ensemble de conseils pratiques pour le faire advenir au plus vite. Crimes, grève générale, et, ce qui est complètement nouveau et terriblement actuel, appel à la transformation biologique de l’espèce.

Valérie Solanas écrit à coups de marteau, comme une « Nietzsche Girl », dit Avital Ronell dans une préface extraordinairement brillante à la réédition du texte en 2004. J’aurais dit plutôt comme une « Nietzsche Butch » pas « girly » du tout, dont l’énorme moustache serait un postiche (ce qu’elle était peut-être).

Le texte est dit dans la vitesse, l’excès, la folie. La performance de Catherine Corringer est dans la lenteur, la prudence des gestes, la retenue. La beauté naît, entre autres, du contraste. »

« à la suite de Judith Butler, les philosophes parlent de ‘trouble dans le genre’ pour désigner cette zone incertaine où on ne sait plus si on est passé d’un genre à l’autre ou si est allé au-delà de tout genre, si ce qu’on fait relève  d’une sexualité minoritaire ou n’a plus rien à voir avec la sexualité. Mais ils ont tendance à ne pas voir que ce trouble peut être drôle, fascinant, excitant. Ils ont aussi tendance à penser que ce trouble peut être mis en concepts, expliqué dans un discours  argumenté. C’est une erreur, je crois. Le trouble dans le genre fait partie de ces  choses qui ne peuvent pas être ‘dites’ mais seulement ‘montrées’, pour reprendre les mots de Wittgenstein. Et Catherine Corringer est l’une des rares artistes qui parviennent à montrer le trouble dans le genre. »




VALERIE SOLANAS est cette féministe américaine qui a  écrit le texte culte SCUM Manifesto en 1967 et qui a tiré sur Andy Wharol.

Elle est née le 9 avril 1936 à Ventnor City (New Jersey, États-Unis). Elle meurt le 26 avril 1988, alors qu’elle a 52 ans, d’une pneumonie, dans un hôtel de San Francisco.

Valerie Solanas dit avoir été violée par son père. Ses parents divorcent alors qu’elle a onze ans, sa mère se remarie assez vite mais Valerie ne supporte pas son beau-père. À partir de 1949 elle sera élevée par son grand-père, un homme violent et alcoolique, qui l’abandonne alors qu’elle n’a que 15 ans. Sans domicile, elle se prostitue pour financer ses études et réussit à obtenir un diplôme de psychologie à l’Université du Maryland. En 1953, elle a un fils, David. Les autres détails de sa vie jusqu’en 1966 sont plus ou moins bien connus, mais il semblerait qu’elle ait voyagé à travers les États-Unis en survivant grâce à la mendicité et à la prostitution.

Solanas arrive à Greenwich Village en 1966. C’est là qu’elle écrit une pièce, « Up Your Ass » (« Dans ton cul »), mettant en scène une prostituée mendiante haïssant les hommes. En 1967, elle rencontre Andy Warhol à la sortie de son célèbre studio, la Factory, à Manhattan et elle lui demande de produire sa pièce. Intrigué par le titre, Warhol accepte de lire le manuscrit mais ne donnera pas suite.

Peu de temps après, alors que Warhol est parti pour l’Europe, Solanas écrit et publie à son compte le texte qui devait la rendre célèbre, un appel à la lutte violente contre les hommes et à la libération des femmes intitulé le SCUM Manifesto. SCUM étant généralement interprété comme l’acronyme de Society for Cutting Up Men (« Association pour tailler les hommes en pièces »), bien que la signification de l’acronyme ne figurât point dans le texte même. Certains prétendent même que Solanas n’a jamais voulu donner à SCUM d’autre sens que celui du mot « scum » (crasse, excrément, racaille, ou salaud en anglais).

Un peu plus tard, toujours en 1967, Solanas commence à téléphoner à Warhol pour lui demander la restitution du manuscrit de « Up Your Ass ». Quand Warhol reconnaît l’avoir perdu, elle lui demande un dédommagement. Warhol ignore ces réclamations mais lui donnera des rôles mineurs dans deux de ses films.

Le 3 juin 1968, Solanas attend Warhol dans le hall de la Factory, située au sixième étage du 33 Union Square West, et tire trois coups de pistolet sur lui.. Warhol sera grièvement blessé, il s’en tirera de justesse, mais il ne récupérera jamais vraiment et devra porter un corset jusqu’à la fin de ses jours.

Valérie Solanas fera trois ans de prison. Warhol refusera de témoigner contre elle.

Elle meurt le 26 avril 1988, alors qu’elle a 52 ans, d’une pneumonie, dans un hôtel de San Francisco.

Plus de trente ans après la perte par Warhol de « Up Your Ass », le manuscrit est retrouvé au fond d’un coffre rempli d’équipement d’éclairage. La première de la pièce a lieu en 2000 à San Francisco, à quelques blocs seulement de l’hôtel Bristol où elle est décédée.


Extrait de KATHY ACKER « Seeing Gender » 1997

Quand j’étais enfant, la seule chose que je voulais c’était être un pirate. Comme je n’étais pas une enfant stupide, je savais que c’était impossible.

Je ne pouvais pas mettre les hommes à terre, je ne pouvais pas voir d’images plus étranges et plus magnifiques que celles de mes rêves d’enfance ; je ne pouvais pas habiter les mers : cela aurait gercé mes lèvres et leurs habitants vivants et morts auraient arraché mes os ; je ne pouvais pas me balancer de la grand-vergue.

« Parce que », j’ai déclaré, « les parents ne me le permettront pas.

« Si seulement mes parents étaient morts, je pourrais faire tout ce que je veux : je pourrais parcourir les mers ».

Je ne pouvais pas tuer mes parents parce que je ne pouvais pas m’imaginer les tuant. Dans mon monde, il n’y avait pas ce genre de choses, l’assassinat des parents. Et les pirates n’étaient pas de ceux qui avaient tué leurs parents, parce que les pirates n’avaient pas de parents.

(…)

C’est à ce moment-là que j’ai compris que je ne pourrais jamais être un pirate parce que j’étais une fille.

Je ne pouvais même pas m’enfuir vers la mer comme Hermann Melville.

A peine née, j’étais morte.

Comme les pirates vivaient dans mes livres, je me suis enfuie dans le monde des livres, le seul monde vivant que moi, une fille, je pouvais trouver.

Je n’ai jamais quitté ce monde.

Je ne suis plus une enfant et je veux encore l’être, pour vivre avec les pirates.

Parce que je veux vivre pour toujours dans le merveilleux.

La différence entre moi enfant et moi adulte, c’est cela, et uniquement cela : quand j’étais enfant j’avais hâte de voyager dans le merveilleux, de vivre dans le merveilleux. Maintenant je sais que voyager dans le merveilleux, c’est être soi-même une merveille. Donc, peu importe si je voyage en avion, en bateau ou avec les livres. Ou avec les rêves.

(…)

Je suis l’Alice de Lewis Carol, celle qui s’est enfuie dans les livres afin de se trouver. Je n’ai trouvé que des répétitions, des imitations du système patriarcal, ou encore mon incapacité à être. Pas un corps, nulle part.

Qui suis-je ?

Quelqu’un a-t-il vu le genre ?

Je cherche le corps, mon corps, qui existe hors des définitions patriarcales. Bien sûr, ceci est impossible. Mais qui est encore intéressé par ce qui est possible ? Comme Alice, j’affirme, que le corps peut échapper à la matérialité, que mon corps peut être lié profondément au langage à défaut d’être le langage.

Mais qu’est-ce que ce langage ?

Je me suis intéressée aux langages que je ne pouvais pas construire, que je ne pouvais pas créer, à l’intérieur desquels je ne pouvais pas créer : je me suis intéressée aux langages que je pouvais seulement découvrir en disparaissant, comme un pirate avec son trésor enterré.

J’appelle ces langages les langages du corps.






















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